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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 13:27

La nature du soi inférieur

[Cet article paru dans la revue Théosophie VII, n°3,  est une traduction tirée de l’Aryan Path (Inde) de février 1931. Le signataire, B. M., est un homme du vieux temps vivant selon ses anciennes méthodes dans notre siècle. Nous avons la chance d’avoir pu nous procurer quelques comptes rendus de ses causeries avec ses amis intimes. La Bhagavad-Gîtâ est le livre dont il s’est rendu maître, après de longues années d’étude et de méditation ; en outre, ayant réussi à vivre suivant la doctrine qu’elle enseigne, d’une façon plus complète qu’il n’est généralement possible de le faire, ses pensées exhalent un parfum d’une suavité spéciale. Les articles que nous publions ont été traduits de la langue du pays ; il faut comprendre que ce ne sont pas des traductions littérales, et que le traducteur s’en est tenu plus aux idées et aux principes, qu’aux mots. Bien que B.M. connaisse l’anglais, son inspiration est entravée lorsqu’il emploie ce moyen d’expression, c’est pourquoi il préfère ne pas en faire usage. Nous pensons que nos lecteurs trouveront une inspiration réelle dans cette série d’article. – Les Editeurs]

« Les trois grandes qualités appelées sattva, rajas et tamas – lumière ou vérité, passion ou désir, et indifférence ou obscurité – sont nées de la nature et lient l’âme impérissable au corps. » Bhagavad-Gîtâ, XIV, 5.


Si le treizième discours de la Bhagavad-Gîtâ dévoile les faits concernant la nature du Soi Supérieur, le quatorzième chapitre traite de la nature du soi inférieur.

Le Soi inférieur est né de Prakriti, la Matière ou la Nature. Et parce que la matière possède des attributs ou des gounas dès l’instant où l’âme prend contact avec le corps, celui-ci lie l’âme par ces attributs et grâce à eux. La matière est inerte et dense ; mais elle est mobile en dépit de son inertie ; elle possède un rythme dans le mouvement, parce qu’elle est vitalisée et énergisée par la lumière de l’esprit.

L’Homme de Matière est plein d’inertie, ou de mouvement ou d’harmonie et de rythme, mais bon ou mauvais, il se trouve sous l’emprise de la matière. Aussi longtemps qu’il est animé et aiguillonné par l’une de ces trois qualités, il est mortel, sujet à la souffrance et à la décrépitude.

L’Homme d’Esprit est plein d’idéation, d’intuition et d’inspiration. Le Soi existe perpétuellement dans un état de contemplation qui est créateur, et par suite, plein de béatitude.

Nous devons lutter et nous libérer, nous qui sommes centrés dans le soi inférieur, afin de pouvoir éprouver dans notre conscience, notre mental cérébral, la Présence du Soi Supérieur. En chacun de nous, un des trois attributs prédomine ; les deux autres sont moins actifs, bien qu’ils agissent néanmoins. Quand Tamas-Inertie prédomine, nous nous laissons tromper et restons indifférents à la vie et au devoir, paresseux de corps et indolents d’esprit. Quand Rajas-Mobilité prédomine, nos désirs des sens s’épanouissent, l’amour du gain s’accroît et génère des ambitions ; de nouvelles activités se créent et il se manifeste une agitation du corps et du mental. De nombreux malaises et troubles nerveux sont dus à la prédominance de Rajas dans notre civilisation. Quand Sattva-Rythme prédomine, l’homme est heureux, lucide paisible ; il se complaît dans l’étude de la Sagesse et dans le service de ses semblables. Mais les trois attributs emprisonnent l’âme dans le corps. Dhritarashtra est le symbole de Tamas, Duryodhana celui de Rajas, Arjuna celui de Sattva : Krishna est au dessus des trois, et au-delà, car il les a dépassés.

La vie spirituelle consiste à dominer l’influence des gounas ou attributs de la matière. Ceci signifie qu’il faut vaincre non seulement le mal, mais aussi le bien. Quand nous dépassons les trois gounas qui sont coexistant avec le corps, nous sommes délivrés de la souffrance, de la vieillesse et de la mort, car de ce fait, nous buvons l’Eau d’Immortalité. Cela ne veut pas dire que le corps n’a plus ses maux, ni qu’il échappe à la vieillesse et à la mort, mais que l’homme qui s’est libéré de la tyrannie de ces trois pouvoirs, n’est plus affecté par les maux, ne sent plus le poids des ans, et n’est plus touché par la mort elle-même.

En réponse à la question de son Chéla, le Maître décrit les vertus et les caractéristiques de celui qui a vaincu les gounas.

La plupart d’entre nous sont inertes et paresseux, et sont poussées vers l’action par la nécessité de maintenir unis le corps et l’âme. Dans la lutte pour la vie, nous développons des ambitions, nous multiplions les désirs, nous sommes enchaînés par nos activités, et nous ne réussissons finalement qu’à accumuler les afflictions sur nos têtes, ce stade conduit au suivant. Car dans l’angoisse, nous commençons la recherche ; par la connaissance, nous surmontons la souffrance, et croissons dans le contentement ; et atteignons ainsi le stade heureux.

La réalisation parfaite de nous-mêmes en tant que Soi Supérieur commence par l’admission intellectuelle du fait qu’il existe un Soi Supérieur, admission suivie d’une recherche sur ses pouvoirs et ses modes de manifestation. De même aussi la liberté complète qui émancipe l’homme personnel de l’esclavage des qualités matériels, débute par l’admission intellectuelle que tous les êtres sont constamment affectés par les gounas ou attributs de prakriti ou de la matière et de la nature. Le second pas consiste à déterminer, par soi-même, quelle est sa propre qualité prédominante. L’usage légitime de chacune de ces propriétés de la nature est indiqué dans la Gîta ; le moyen de vaincre le mal qui découle de chaque propriété est également signalé ; enfin, on y montre clairement comment faire le pas suivant en avant, en tenant compte de chaque propriété. L’homme tamasique est mauvais, bien qu’il ne le soit pas d’une façon consciemment active ; l’homme sattvique est bon ; un stade mène à l’autre, et transforme l’homme mauvais en homme bon. Mais l’évolution ne s’arrête pas là – l’homme bon doit se transformer en homme spirituel. Entre la bonté et la spiritualité, il existe un gouffre, le même qu’entre la méchanceté et la droiture. L’homme égoïste devient altruiste, et s’épanouit ensuite dans le désintéressement impersonnel.

Est-il possible pour nous de grandir en bonté ? Pouvons-nous, en ce siècle, développer la spiritualité ? La réponse est affirmative ; il est plus normal d’être bon que mauvais ; et la connaissance qui a été proclamée à nouveau dans notre cycle, donne plus que jamais de l’aide à l’aspirant à la vie spirituelle.

Suivant les paroles d’un sage moderne [La Doctrine Secrète, ii, 109-110 – Mme Blavatsky] :

« Ce qui pousse et force l’évolution, c'est-à-dire ce qui active la croissance et le développement de l’Homme vers la Perfection, c’est (a) la MONADE, ou ce qui agit en elle inconsciemment par une force qui lui est inhérente ; et (b) le corps astral inférieur ou le Soi personnel. La Monade, qu’elle soit emprisonnée dans un corps végétal ou animal, est douée de cette force ou plutôt est vraiment cette force elle-même. Par suite de son identité avec la TOUTE-FORCE, qui, comme on l’a dit, est inhérente à la Monade, celle-ci est toute puissante sur le plan Arupa ou plan où la forme n’existe pas.

Sur notre plan, comme son essence est trop pure, elle reste potentielle, mais individuellement, elle devient inactive : ainsi, les rayons du Soleil qui contribuent à la croissance de la végétation, ne choisissent pas telle ou telle plante pour luire sur elle. Déracinez la plante et transportez-là dans un coin de terre où les rayons solaires ne peuvent l’atteindre : ceux-ci ne la suivront pas. Il en est de même d’Atman : à moins que le Soi ou l’EGO supérieur ne gravite vers son soleil – la Monade – l’Ego inférieur ou le Soi personnel aura le dessus dans tous les cas. Car c’est cet Ego, avec son farouche Egoïsme et son désir animal de vive une vie déraisonnable (Tanha), qui est «  le bâtisseur du tabernacle » comme l’appelle le Bouddha dans le Dhammapada (153 et 154)… Il est tout aussi vrai que l’Atman seul réchauffe l’homme intérieur, c'est-à-dire qu’il l’illumine du rayon de vie divine et que, seul il est capable de conférer à l’homme intérieur, ou à l’Ego réincarnant, son immortalité… La spiritualité est sur son arc ascendant, et le côté animal ou physique l’empêche de progresser régulièrement sur le sentier évolutif, uniquement lorsque l’égoïsme de la personnalité a si fortement infecté l’homme réel intérieur de son virus mortel, que l’attraction vers le haut a perdu tout pouvoir sur l’homme pensant raisonnable. En vérité, le vice et la méchanceté sont des manifestations anormales et contre-nature, à cette période de notre évolution humaine – du moins il devrait en être ainsi. Le fait que l’humanité n’a jamais été plus égoïste et vicieuse qu’elle ne l’est maintenant – les nations civilisées ayant réussi à faire de l’égoïsme une caractéristique morale et du vice,  un art – est une preuve supplémentaire de la nature exceptionnelle du phénomène. »

                                                                               B.M.

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